Inconnue
Par sTraTe, jeudi 29 octobre 2009 à 13:48 :: Récits anecdotiques
Le voyage va être long, je m’allonge sur ma banquette le dos appuyé à la vitre. J’essaye de me concentrer sur mon livre mais mon esprit est ailleurs. Je tourne les pages de manière machinale comme pour me tromper moi-même. Je suis dans ma bulle le soleil me chauffe le dos et mes pensées commencent à se mêler à mes rêves. J’emprunte un chemin sans logique, les choses se meuvent selon leur propre volonté. J’aime ces moments entre conscience et onirisme dans lesquels on ne sait ce qui tient du songe ou de la réalité. Je marche sur le rebord du ciel, un ange passe. Elle a le visage doux de celles qu’on admire.
Elle me regarde assise sur la banquette de l’autre côté du couloir, elle sourie. J’aime les sourires de filles, elles ont su garder ce côté espiègle de l’enfance. Les yeux qui pétillent et la tête inclinée. Quelque chose de naturel se dégage d’elle, un mélange de force et de mystère. Mon ange se lève, approche son visage du mien, ses cheveux tombent en cascade de ses épaules et me frôlent. Son odeur m’envoute, je m’éloigne de mon bord de ciel pour la regarder.
J’ouvre les yeux la fixe longuement, elle continue à me sourire sans ciller.
- Tu es mignon quand tu dors.
- Heu… Merci, on se connaît ? Lui demandai-je.
- Oui, je crois.
Je la regarde plus attentivement, essaye de remettre de l’ordre dans mes idées en chassant les dernières brumes de mon réveil. Elle est jolie mais je n’arrive à en retrouver le souvenir.
- Tu ne vois pas qui je suis, me dit-elle ?
- Je suis vraiment désolé, lui répondis-je.
- Ce n’est pas grave, dit-elle en s’asseyant à côté de moi. Tu n’as qu’à essayer de deviner et puis on n’est pas arrivé tout de suite, on a le temps.
Je fronce les sourcils, je crois qu’elle me drague. C’est une sensation agréable que de plaire. Je n’ai pas vraiment l’habitude mais j’aime ça. Tous les deux, seuls dans notre wagon traversant une partie de la France, nous parlons. Je lui raconte ma vie, ce que j’aime, elle me parle de ses études, de l’amour qu’elle porte à l’art. Entre nos mots s’écoule le temps. Je ne cherche pas à savoir qui elle est, j’aime cette idée, un ange sans prénom à mes côtés.
Je ne crois pas à son histoire de rencontre mais je la laisse me mentir jouant la crédulité de l’inconscient. Les kilomètres défilent nous partageons ma petite bouteille de soda. Elle pose ses lèvres sur le goulot, je frissonne mon esprit s’enflamme. J’ai l’impression que nous nous connaissons depuis toujours. Une confiance s’est instaurée, simple, franche, elle me plait. Je ne connais même pas son prénom et j’ai envi de l’embrasser, là, maintenant, dans ce train vide.
Je passe ma main dans ses cheveux, elle ne dit rien. Le train s’arrête, ce n’est pas ma gare. Le contact de sa peau m’enivre. Mon cœur s’emballe, il cogne si fort que j’ai l’impression qu’elle va l’entendre.
- Tu ne m’as pas cru ? Me demanda-t-elle soudain.
- De quoi tu parles ?
- Que je te connaissais.
J’hésite une seconde, décide de lui dire la vérité.
- Non, mais je passe vraiment un bon moment en ta compagnie. Si on s’était connu je m’en serai souvenu.
- Tu n’as pas changé, me dit-elle.
- Tu persistes à dire qu’on se connaît ?
- C’est ma gare je descends ici, dit-elle avec sérieux. Peut être qu’on se recroisa dans un autre train ? Une autre vie ?
- Mais je ne connais même pas ton nom !
Elle se pencha une dernière fois sur moi et posa ses lèvres sur les miennes dans un baisé furtif, presque volé.
- C’est peut être mieux ainsi, Antoine. Continue de rendre les gens heureux comme tu l’as fait avec moi.
Le signal du départ se met à retentir, elle part en courant vers la sortie. Je la suis, la porte se ferme derrière elle. Enfermé, je la regarde au travers la vitre sale du wagon, elle me fait un dernier geste d’adieu avec ce même sourire envoutant que lors de notre rencontre. Le train démarre, un regard, peut-être une larme, et la distance s’impose dans toute sa fatalité.
Je retournai à ma place, tiraillé entre l’effondrement et le bonheur de cette rencontre inachevée. J’y trouvais, à coté de la bouteille de soda, un bout de papier chiffonné sur ma tablelle. Je le pris, intrigué de ne pas l’avoir remarqué plus tôt, et le lit.
Ses mots me firent l’effet d’une gifle. Je dus me mordre la lèvre pour ne pas me laisser déborder par l’émotion de ces quelques mots couchés à la hâte sur le papier. Je me souvenais, enfin, trop tard, qui elle était.
« On n’oublie jamais un premier amour, fut-il à sens unique. »
Crédit Photo : Photo de Pensiero repiquée sans autorisation aucune et trouvée ici.





