Bienvenue

On aura l'hiver avant les autres est un concentré d'imaginaire présenté sous forme d'expression littéraire. Vous y trouverez mes coups de coeur et mes projets d'écriture.
Tout le visuel a été réalisé par stArk, merci pour tout et bien plus encore.
"Les Carnets de Guillaume B." regroupent les textes d'un ami également rédacteur talentueux de ce blog.

-sTraTe- | http://onauralhiver.net


Photos Japan Expo 2010

Pour ceux qui m'auraient croisés ce dimanche à la Japan Expo et qui souhaiteraient récupérer les photos que j'ai pu faire d'eux ça se passe sur mon Flick'r.

Japan Expo 108

La fin de l'aventure, le début d'une autre



Vous avez été (très) nombreux à répondre à mon appel lancé il y a quelques semaines pour le concours organisé par Blog Expérience. Outre le fait des nombreux mails de soutien que j’ai reçu à cette occasion, ce fut aussi l’occasion de retrouver avec plaisir plusieurs d’entre vous et, rien que pour ça, ce concours valait le coup.

Mais je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps pour vous annoncer la bonne (l’excellente) nouvelle concernant le résultat qui consacre « Inconnue » vainqueur du concours Blog Expérience. Vous trouverez l’annonce officielle à l’adresse suivante : http://monblogessai.wordpress.com/2010/04/12/le-laureat-du-concours-billets-damour/

La mobilisation a été énorme avec plus de 500 votes et la mort de pas moins de 4 serveurs pour cause de surcharge.

Même si de le dire sonne un peu convenu, cette victoire est avant tout la votre car sans vos votes et votre participation massive à cette aventure, mon présent mail aurait pris une toute autre tournure. Votre enthousiasme et votre volontarisme m'ont beaucoup touché. Je vous charge maintenant de transmettre mes remerciements à vos amis qui, sans me connaitre, ont aussi pris part à cette bataille de plumes sur vos conseils et qui ont été des votants attentifs et critiques dont les retours ont été nombreux et chaleureux.

Ce prix devrait m’assurer au moins deux publications auprès d’un tout nouvel éditeur nommé « Numeriklivres » http://www.numeriklivres.com. Une première au sein d’un ouvrage collectif au format numérique avec les quatorze autres finalistes du concours et une deuxième à mon nom dont les modalités restent à déterminer avec l'éditeur.

Félicitations aux autres finalistes et plus généralement à tous les participants du concours. Un pensée particulière pour Melle Sarah qui m'a soufflée l'existence dudit concours et qui fut une adversaire à la hauteur de son talent, redoutable. Enfin je voudrai saluer mon co-turne de blog, Guillaume, avec lequel j'aurai aimé croisé le fer jusqu'au bout et qui aurait mérité sa place parmi les finalistes.

Avec tous mes remerciements les plus sincères,
Antoine.

Gueules d'ange - Partie 1

Sa vue, se troublait, il chancelait. En temps normal il aurait déjà été à terre. Mais le souvenir de sa femme, de ses cris, le maintenait debout mieux que n’importe quelle drogue. Son adversaire souffrait lui aussi, le combat avait été plus qu’éprouvant. Il était réputé invincible pourtant il vacillait prêt à tomber.

Max se lança, de toutes ses forces, ses dernières. Il replia sa jambe droite sous lui pendant que l’autre lui donnait l’impulsion suffisante pour s’envoler dans les airs. La garde de son adversaire ne suffit pas et c’est tout en violence que Max la perça. Son genou frappa de plein fouet le visage juvénile de l’autre garçon.

Dans l’élan la mâchoire de son adversaire explosa, les os éclatèrent à la manière d’une poterie d’argile trop fragile. Max sentit la douleur de l’impact lui percer la jambe. Puis ce fut un mélange de sang, de bave et de sueur qui se répandit sur le ring blanc. Max tomba comme une pierre, ce dernier geste lui avait couté ses toutes dernières forces au point de ne pas pouvoir se relever. Sa jambe était tétanisé par la douleur, il sentait son genou enfler mais il n’était pas KO, il avait gagné. A peine la cloche retentie que les soigneurs se précipitèrent sur le ring.

Max voyait cette grande confusion se dérouler dans un ralentit tremblant. Le bruit était assourdissant. Quelqu’un le prit par l’épaule et le tourna sur le dos. Les lumières des spots lui brulèrent la rétine et une ombre noire passa devant ses yeux. On évacuait en urgence son adversaire du ring. Alors que le brancard passait tout près de lui, il vit le visage monstrueusement déformé de son adversaire être emmené loin de l’agitation, du sang, de la mort.

Sans ménagement on releva Max devenu une marionnette sans fils. On lui leva un bras vers le ciel, le bruit ce fit violence. Max essaya de crier mais aucun son ne sortit de sa bouche.

- Un champion ca sort sur ses jambes, tiens bon petit, c’est fini.

Cette voix résonnait dans sa tête comme une comptine que l’on chante à un enfant. Il allait mourir enfin être délivré de cette enveloppe de douleur. Un dernier soubresaut, il faillit sombrer.

- Pas encore petit, tient bon, encore quelques secondes.

La voix le maintenait en vie mais pour quelle raison ? Il aurait voulu s’allonger et simplement mourir. Il savait qu’il lui suffisait de se laisser aller et qu’elle viendrait comme une délivrance l’emmener vers la douceur d’un monde meilleur.

Il écoutait les derniers battements de son cœur, seul muscle encore actif. Lui était plongé dans l’océan de ses artères allant et venant au rythme des pulsations de plus en plus faibles. Il regardait ce cœur battre prêt à arrêter définitivement la machine humaine. Il se saisie du grand levier de la vie et d’un geste assuré coupa la belle mécanique presque sans regret.

De la tribune des officiels, Monsieur Ing sourit, tout s’était déroulé selon ses plans. La perte de ce jeune boxeur ambitieux n’était qu’une petite contrariété en comparaison de l’immense fortune qu’il venait de lui faire gagner. Il l’avait affuté comme une lame, lui avait donné une raison de vaincre et de mourir. Max s’était vengé de son adversaire pour une mauvaise raison, mais ça, il l’ignorerait, probablement, à jamais.



boxe

Crédit Photo : Photo de ElMarto sous licence Creative Commons et trouvée ici.

Gueules d'ange - Partie 2

Plusieurs années s’étaient écoulées, le monde avait changé mais les gens était finalement les même. Le vieux Ing régnait, plus que jamais, sur son quartier sordide. Il avait fait du racket, du trafic de drogues, des jeux et des filles un business juteux. Si Dieu n’avait pas voulu ça, il l’aurait arrêté. Aujourd’hui Ing avait la certitude que Dieu n’existait pas ou, si il existait, devait de toute façon être une raclure aux desseins encore plus sombre que les siens.

Rien ne justifiait qu’on arrache des enfants à leurs parents pour les mettre sur le trottoir si ce n’est l’argent et le pouvoir. Dans son monde, on le considérait comme un roi, personne n’osait le défier que soit les flics ou les autres chefs mafieux aucun n’était assez fou pour venir contrer ses plans.

Mais à trop régner on change, la vigilance est une affaire de jeunesse et l’expérience d’âge. La fin était proche, il le savait mais était incapable d’anticiper son dénouement. Ce n’était plus qu’un vieil homme incapable de se relever seul du siège de ses toilettes.

La seule vraie faiblesse de l’homme n’était pas, comme beaucoup pouvait le penser, la mort mais la dégénérescence de l’âge contre laquelle on ne peut rien. Au crépuscule de sa vie il n’y a plus de vainqueur, que des perdants.

Il ne fut finalement pas si surpris de trouver, assis à son bureau, un occidental, confortablement installé feuilletant le petit carnet noir qu’il cachait habituellement dans le double fond de son tiroir. En revanche, ce qui le frappa, était ce visage, doux. Il n’avait jamais rencontré, au cours de sa vie, un homme portant ces traits si parfaits.

L’homme l’invita à s’asseoir en lui désignant un de ses propres sièges. Difficilement, le vieillard se mua jusqu’au bureau mais resta debout.

- Il me suffirait de crier et mes gardes seraient là en une poignée de secondes.

- Il me suffirait de moins qu’une poignée de seconde pour vous tuer. Ne jouez pas aux menaces et asseyez-vous, vous n’arrivez plus à impressionner personne. Vous n’êtes plus qu’une vieille carcasse avec une moitié de cerveau à peu près viable. Tôt ou tard ce moment devait arriver. Vous avez suffisamment d’ennemis pour vivre ce qu’il vous reste de temps avec la peur au ventre. Mais peut-être la maladie vous emportera t’elle avant ?

- Ou voulez vous en venir ?

- Qu’attendez-vous des prochaines années ? Vous avez tout gagné, échappé à la mort un nombre de fois incalculable, vous avez commis ou fait commettre les pires atrocités envers la race humaine. Si on pouvait prouver la moitié de ce qu’on raconte sur vous, vous seriez passible de crime contre l’humanité. Mais le destin est parfois joueur et c’est moi qui aie la main sur la balance de votre existence.

Le vieux lion regardait l’occidental, bouffi de la suffisance de sa jeunesse.

- Si vous disparaissiez, d’ici trois à quatre ans on aura oublié l’existence du vieux Ing, un autre roi aura pris votre place comme vous l’avez fait avec votre prédécesseur. Vous êtes de ceux qui, par vos actes, ont osé cracher à la face de Dieu misant sur le fait qu’il n’était qu’une illusion des hommes. Mais peut-être a-t-il simplement attendu son heure, construisant sa peine sur votre cruauté. Peut-être lui vous pardonnera-t-il mais moi non. Je ne suis qu’un ange et mon nom est Vengeance.

Un homme pénétra dans la pièce. Les années étaient passée, mais Ing le reconnu sans mal celui qui avait été son poulain. Max fit quelques pas et s'approcha de l’homme qui avait fait de sa vie un enfer insoutenable. Pour la première fois de sa vie Ing eu peur. Une angoisse cuisante et autodestructrice s’empara de lui. La haine brulait dans les yeux de l'ancien boxeur.

- Ecoute vieil homme, à partir de maintenant je serais ton ombre, je ne te lâcherai à aucun prix. Tu vivras. Tu préfèreras mourir mais je ne te laisserai pas ce choix. Tu te verras dépérir. Tu souffriras, tu paieras et t’enfoncera doucement dans une folie irréelle. Tu chasseras les chimères de tes cauchemars au grand jour.

Max se mit à courir, se jetant sur sa victime, poing en avant. Ing senti le corps du boxeur passer au travers le sien. Un frisson glacé le parcouru, ses jambes dérobèrent sous lui et il tomba lourdement en arrière.

Entendant le bruit sourd d'une chute, le garde devant la porte se précipita dans la chambre arme au poing. Il parcouru la pièce du regard et s’approcha du vieux lion.

- Ca va monsieur Ing ?

- Ou sont-ils ? Lui répondait le vieil homme.

- Qui ça, monsieur ?

Ing suffoquait, il regardait partout autour de lui. Max et l’autre occidental en costume avaient disparus.

- Vous allez bien monsieur ? S’enquit le garde du corps.

- Ca va, répondit Ing agacé. Retournez à votre poste !

L’homme remit son arme dans sa veste et sortit de la chambre.

Ing se releva, il tremblait encore mais il ne restait aucune trace de ce qui venait de se produire comme si tout ceci n'avait été qu'un rêve. Et il aurait foncièrement douté si il n'avait pas retrouvé cette longue plume noire posée sur le sous-main en cuir de son bureau à côté de son petit carnet noir encore ouvert.



plume

Crédit Photo : Photo de Kirstenv sous licence Creative Commons et trouvée ici.

Némésis

Je méprise les hommes et les évite, je ne suis pas un animal social. Je ne suis d’ailleurs pas un animal, je me suis élevé de ce rang pour n’être plus qu’une pensée. Je ne connais ni joie, ni peine. Je suis une machine complexe, une mécanique logique adaptée à ma seule survie. Je suis une conscience enfermée derrière les barreaux dorés d’un corps adolescent. Le monde m’ennuie et ceux qui le peuplent ne méritent pas mon attention.

Pendant que les autres de mon âge jouent sur les plages de leurs vacances, j’attends. Je passe mes journées cloitré dans le petit appartement surchauffé de nos vacances estivales, volets fermés dans la pénombre artificielle de l’été.

Ici, je tombe le masque et mets de côté le rôle du petit garçon effacé mais gentil, perdu dans son monde que j’endosse tout au long de l’année. Seul, je peux enfin être moi-même, évolué à mon rythme et sans tuteur.

Personne ne me connaît, aucun ne me voit. Je suis l’homme invisible perdu dans la neutralité du banal. Le un parmi tant d’autres, celui dont on ne se rappelle, ni le nom, ni le visage. Je me glisse parfois dans le dos des passants et les suis sans qu’ils se doutent de ma présence. Je m’imagine alors un couteau à la main, tueur invisible, tranchant les gorges nues de ces gens que je déteste.

Les rares jours de pluie je profite du vide des plages désertées. J’y retrouve un peu de sens à ma vie. La solitude est mon amie, ma force. Je trace un sillon dans le sable à l’aide d’un bâton charrié par l’océan. Le chaos, est mon univers, et ma vie une simple ligne sans détour le traversant. Mais il suffit d’un grain de sable pour que la belle mécanique se grippe.

Je la trouve assise sur ma plage. Les yeux dans le vague, perdus dans le voile de l’horizon. De sa seule présence, elle souille mon néant. La pluie redouble, je ralentis le pas. Les gens ne sont que des résidus du vivant, leurs destins sont insignifiants tant qu’ils ne croisent pas le mien. Je la regarde un moment, troublé, presque choqué. L’eau ruissèle le long de son visage immobile, s’écoule sur sa gorge pour se perdre dans les méandres de son corps. Je m’approche espérant la faire fuir mais elle reste, posée là comme une imperfection sur le monochrome de ma conscience.

- Que tu fais là ?

Elle me regarde comme si je venais de la réveiller.

- La plage est à tout le monde !

- Il pleut ! Cette plage est la mienne.

Elle me regarde, n’a pas l’air de comprendre ce qui est pourtant évident. Je m’assoie à côté d’elle.

- Qui t’a dit que je voulais de la compagnie ?

- Je ne suis pas de la compagnie car je n’ai pas l’attention de t’être agréable ! Je te répète simplement que tu n’as pas être ici. Il y a pleins d’endroit ou les gens comme toi se réunissent quand il pleut, alors laisse ma plage tranquille et va t’amuser avec les autres s’il te plait.

- Qu’est ce que tu veux dire par, les gens comme moi ?

Je soupire, bruyamment. Même ici, je dois encore fournir des explications pour crétins, cruelle injustice.

- Tu as certainement pleins d’amis de vacances qui s’amusent quelque part. Si tu es là, toute seule, c’est surement que ton amour de vacances s’en va et qu’il a préféré rompre plutôt que d’essayer d’entretenir une flamme qui se serait de toute façon éteintes. Retourne avec les autres, ils te plaindront de ta tragique situation qui ne me laisse qu’une indifférence froide.

Elle fronce les sourcils, remet certainement de l’ordre dans le sens de mes paroles. Je la méprise, elle est idiote, guidée par la seule impulsivité de ses émotions juvéniles et sans cohérence.

- Tu te crois plus fort parce que tu t’efforces de contenir ce qui pourrait te faire du mal ? Mais quelque soit tes efforts, l’amour finira par te briser. Tu cèderas parce que personne ne peut durablement vivre seul. Continue ainsi et ton histoire ne sera qu’une série de souffrances à sens unique qui te tuera à petit feu. Si tu veux apprendre à être humain c’est maintenant, plus tard, il sera trop tard.

- Qui es-tu ?

- Je suis celle qui pense que la vie est faite de sentiments et non de logique. Celle qui croit que sans souffrance le bonheur n’existe pas. Je suis celle que tu déteste car je ne suis pas toi, je suis ta Némésis.

Elle se lève sans me regarder, me tourne le dos. L’eau coule le long de ses cheveux qu’elle passe derrière ses épaules comme si la pluie ne faisait que l’effleurer.

Je la regarde s’éloigner. Sa silhouette se fond doucement dans les dunes. Je reste seul, les genoux repliés sur ma poitrine. Je suffoque écrasé par le poids de l'eau, je tremble, j’ai froid.



pluie

Crédit Photo : Photo de PhillipC sous licence Creative Commons et trouvée ici.

Nouvelles consignes du concours BlogExperience

Billets d'amour Sélectionné

Une petite nouvelle concernant le concours BlogExperience, pour éviter les votes multiples SeeMee (organisatrice du concours) a donné de nouvelles consignes pour les votes :
J’ai pu noter quelques votes multiples à partir de la même adresse IP. Je me réserve le droit d’invalider la totalité des votes qui ont été faits de cette manière. Pour les cas ...particuliers, contactez-moi :


Donc pour tous ceux qui seraient plusieurs à voter du même ordinateur ou du même réseau, le mieux est d'envoyer directement son vote à SeeMee à l'adresse mail indiqué ci-dessus. Ou même ceux qui auraient déjà voté plusieurs fois (monsieur / madame / medor) peut être lui envoyer un petit mail pour dire que vous êtes plusieurs dans la famille afin que vos voix soient bien toutes prises en compte.

Pour les autres, c'est toujours sur la page des finalistes à partir du gros bouton "je vote" en bas de page.

Concours BlogExpérience, Antoine/-sTraTe- Need You !

Billets d'amour Sélectionné

Aujourd'hui est un jour un peu spécial car je sors de ma réserve pour en appeler à votre aide. Je viens d'être sélectionné pour faire parti des cinq finalistes du concours "BlogExpérience - Billets d'amour" avec mon texte "Inconnue". Le gagnant se verra proposé un contrat avec la maison d'édition Numerik:)ivre, l'enjeu est donc de taille.

Le grand gagnant sera désigné par vote et c'est donc vous qui choisissez lequel d'entre nous mérite le plus de poser sa signature au bas du contrat. Pour ceux qui voudraient découvrir l'ensemble des participations à cette finale et voter je vous donne rendez-vous sur la page consacrée aux finalistes du concours. Et pour tout ceux qui auraient déjà fait leur choix, un indice, je suis le numéro 3 :)

N'hésitez pas à relayer (blog, facebook, mail), faire voter votre chien ou votre petite soeur, vos parents et amis. Antoine need you !

Le Père du Chaos

Ce texte fait suite à "La Fille de l'Ogre"

DAARKEN


Y a des types qu’on paye pour ça et parmi ceux-là, il y a moi. Je ne l’ai jamais fait par plaisir mais c’est mon job. Et puis si je ne le faisais pas d’autres s’en chargeraient, alors autant que se soit moi. Ca paye bien et n’a de réelles contraintes que si je ne suis pas mes règles. Des règles minutieuses auxquelles la moindre dérogation peut vous couter la vie. La foule m’adule, les femmes se jettent à mes pieds, l’argent et le vin coulent à flot, je suis libre, je suis gladiateur.


Un soleil de plomb s’abat sur l’arène. Je ne sais pas qui je vais affronter. Je préfère l’ignorer, je suis fort car je m’adapte. Je ne reste pas cloisonné dans le schéma préétablit de ce que mon adversaire a bien voulu me montrer.

Derrière ma grille j’entends la clameur populaire scander mon nom. Je m’accroupis, pose ma main sur le sol. Ne me prenez pas pour un fou, ni pour un de ces mystiques, c’est une habitude, comme une autre. Petit geste parasite issu de mon premier duel et qui casserai ma concentration si jamais je ne l’exécutais pas.

Lucius me regarde effectuer mon petit rituel avec son habituel sourire énigmatique. Notre relation est ambiguë, il veille sur moi mieux que je ne le fais pour moi-même et, bien que je sois son ainé, joue d’une attitude paternaliste à mon égard. Il recoud mes blessures, panse mes plaies, vérifie mes armes et sangle mon armure. Si je devais, un jour, donner ma confiance, sans nul doute, entre ses mains que je la déposerai. Il a été si souvent les yeux dans mon dos que je suis obligé de lui reconnaître ce que les autres appellent de la loyauté. Je n’ai malheureusement pas de tels sentiments, je suis un mercenaire, celui qui achète mon bras un jour peut-être l’objet de mon contrat le lendemain.

L’honneur n’est bon que pour ceux qui me payent, moi, seule la victoire m’intéresse et ceux qui me défient doivent le garder à l’esprit.

Je m’approche de la lumière, arme en main, scrutant le moindre mouvement. Lucius me glisse bonne chance du bout des lèvres, comme si la chance avait quelque chose à voir là-dedans.

Mon adversaire est le premier à pénétrer dans l’arène, je le regarde et trépigne comme une bête prête à charger. Il faut que je me calme, l’excitation n’a jamais rien de bon. C’est une jeune fille, frêle et fragile. J’imagine que j’ai dû tuer son père ou son mari un jour et qu’elle est venue régler ses comptes. J’aime lire la vengeance dans les yeux de mes adversaires, elle ne vous rend pas plus fort mais vous donne la très sérieuse impression de l’être.

Son armement est comme neuf, étincelant dans la lumière du soleil, petite pierre précieuse au milieu des passions les plus primaires de l’humanité.

A mon tour je pénètre sur l’aire, j’entends les cris, les hurlements éructant des gorges déployées de mon public. Ils m’aiment car je suis sale, laid, direct et sans cœur. Je suis la part sombre qui sommeille en chacun d’eux et qui s’exprime par la seule destruction. Sur l’aire je suis le chaos, aussi violent qu’imprévisible.

Le regard de la fille se pose sur moi, elle se met en garde, baisse légèrement son centre de gravité en évaluant ma taille. Elle sait se battre, a surement eu un bon maître, je ne dois pas la sous-estimer mais je ne peux m’empêcher de jouer. Je marche d’un pas nonchalant comme flânant un jour de marché. J’écarte les bras dévoilant mon torse sans protection, je la sens bouillir, je souris. Habituellement, les plus faibles craquent et se jettent mais elle reste campée sur sa position toujours concentrée. Elle est plus forte que je ne me l’étais imaginé, ne surévalue pas sa force.

Je tourne autour d’elle, elle ne me lâche pas du regard. Je renifle bruyamment, fait mine de lancer quelque chose dans sa direction. Sa pupille suit machinalement mon geste, erreur. Je profite de cette fraction d’inattention et m’engouffre. Je laisse parler mon arme, frappe de toutes mes forces dans sa garde. Mon poids fait la différence et son corps est projeté comme une poupée de chiffon au bord de l’arène. Je ne lui laisse pas le temps de se reprendre, je suis plus rapide que les gens ne se l’imaginent. J’abats à nouveau mon arme, je la fixe, elle est clouée au sol, je jubile.

Je frappe à nouveau mais cette fois pour finir. Elle esquive, de justesse mais esquive tout de même. Je ne m’attendais pas à ça. Je suis légèrement essoufflé, ai mis trop de force dans le précédent échange. Elle me regarde toujours, l’acier bleu de son iris planté dans mes yeux comme deux pics. Elle écume de rage mais n’explose pas. Elle se réserve, s’applique avec toute la rigueur académique de son art sans expérience.

Je ne lui laisserai pas de deuxième chance, elle est blessée et la prochaine attaque sera la bonne. Elle le sait mais refuse de baisser les yeux. Mon cœur s’élance, sans raison, je détourne le regard. Son courage, sa détermination, a eu raison de l’hostilité du public et c’est déjà une victoire. Le silence s’est abattu sur l’arène d’où ne résonne plus que le bruit des armes qui s’entrechoquent. Elle mérite mon respect plus que d’autres peut-être plus vaillants ou même simplement meilleur.


Ce jour, j’ai vaincu mais chaque nuit je revois ses yeux d’aciers qui me transpercent l’âme comme autant de tortures sourdes. Mes cris résonnent dans le fond de mes cauchemars. Elle m’a battu, terrassée de son seul regard.

Sa mort ne fut que le début de mon angoisse. Je tremble, j’ai peur.

Crédit Dessin : Daarken, tous droits réservés.

Vie de rien



Marcher sans but était devenu le quotidien de Jonathan, la pluie et le froid n’avaient plus de prise sur lui. Broyé par sa propre vie, il voulait être seul, disparaître sans laisser de trace. Etre de ceux qui n’ont jamais existé, qui s’en soucierait ? Sûrement personne.

Quand Julie était partie, il avait coupé la dernière amarre qui le rattachait encore à cette société. Depuis il n’avait parlé à personne. Il méprisait les hommes, de son buraliste à ses collègues. Ses amis ? Il n’en avait plus après s’être volontairement coupé de leur vie. Au travail, on l’avait mis au placard en attendant qu’il sorte de son mutisme. Il passait ses journées devant un écran de contrôle. On l’éloignait des autres, comme un pestiféré hautement contagieux. Sa vie de reclus les effrayait et il aimait ça.

L’eau ruisselait le long de ses cheveux qui lui collaient au visage. Il s’abrita sous le porche d’une église regardant la pluie marteler le parvis pavé. La nuit, l’endroit était désert, chalands chassés par quelques gouttes d’eau, telle une bénédiction climatologique.

Quand il faisait encore partie du monde des vivants, il aurait eu peur, l’incertitude de l’avenir l’aurait fait trembler jusqu’aux tréfonds de son être. Aujourd’hui son existence était limpide, vierge de sentiments ; la peur, l’ennui, l’amour, la joie ne faisaient plus partie de sa vie. Son esprit était enfin calmé des souffrances de sa condition d’homme. Il avait abandonné la lutte, laissant à d’autres le soin de remonter le courant de leur vie.

Il s’appuya sur la porte sculptée qui s’ouvrit brutalement sous son poids. Jonathan tomba à la renverse, happé par l’obscurité de l’édifice.

Quand il se réveilla, le froid avait pénétré son corps endolori. Sa tête avait violemment heurté le sol et lui avait fait perdre connaissance. Il roula sur le côté, ramena ses jambes sous lui. Il se hissa, chancela, se raccrocha puis heurta une rangées de bancs dans laquelle il s’effondra. Le râle du bois brisé résonna entre les murs de l’immense bâtiment de pierres puis s'atténua avant de retomber, plongeant à nouveau l'église dans son calme nocturne habituel. Il resta allongé, seul, perdu dans le bruit de sa propre respiration. Il sentit le sang couler le long de sa nuque. Il ferma plusieurs fois les yeux, des taches blanches lui brouillaient la vue.

Une affreuse sensation du passé refit surface, son esprit s’était mis à lutter contre l’obscurité qui l’étouffait. La lune perça le vitrail de la nef centrale. L’ombre de la croix s’étendit jusqu’à son corps, fixant ses membres désarticulés aux branches immatérielles de la passion chrétienne.

Son corps, plaie de douleurs ; son esprit entravé des tourments de son humanité. Il laissa échapper les larmes qu’il retenait depuis des mois, des années. Le temps n’avait plus d’emprises sur lui, dû moins, le croyait-il. Déchirure de l’âme, tragédie baignée de banalité d’une vie de rien. Horrible sensation de n’être que néant, pourquoi l’oubli l’avait-il abandonné ?

Un cri parcourut sa gorge mais de sa bouche ne sortit qu’un soupir muet, le spectre bienfaisant de la mort le laissait là, dans cette vie vide de tout. Jonathan se remit sur pied, porta sa main à tête. Le sang coagulé collait ses cheveux poisseux. Il fit quelques pas au milieu des bancs renversés, s’approchant de l’autel au pied duquel il s'évanouit.

Quand il ouvrit les yeux, l’église, les bancs, la croix avaient disparu pour laisser place au plafond blanc aseptisé d’une modernité sans saveur. Une perfusion enfoncée dans son bras lui injectait régulièrement un liquide sans couleur. Il allait devoir vivre, le poids de son existence écrasant ses épaules devenues trop faibles pour la supporter.

Jonathan arracha l’aiguille d’un geste sec, la douleur parcourut son corps endormi. Il se glissa hors des couvertures, posa ses pieds au sol. Il fit quelques pas, s’aidant du dossier d’une chaise pour retrouver son équilibre et se lança vers la porte. Mais, une fois de plus, le monde vacilla sous ses pieds avant qu’il n’y arrive et Jonathan s’effondra sur le carrelage javellisé de sa chambre.

L’homme qui entra trouva Jonathan évanoui sur le sol. Il avait dû faire un effort considérable pour arriver jusque là. Mais pour quoi ? Que cherchait-il derrière cette porte qu’il n’avait pas pu atteindre ? La solitude muette de son coma était devenue le quotidien du personnel qui s’occupait de lui.

L’homme pris le corps inerte de Jonathan dans ses bras et le posa avec délicatesse sur son lit. L’homme regarda un moment le visage juvénile de Jonathan. Ils avaient dû lui couper ses beaux cheveux blonds pour recoudre la vilaine coupure qu’ils avaient trouvée sur son crâne. Mais le jeune homme était en vie et il avait eu de la chance que ce ne fut pas plus grave. Il avait perdu beaucoup de sang et avait échappé à la mort de peu. Dieu en avait décidé autrement, son rôle sur terre n’était pas achevé.

Comme tous, il aura besoin des autres. Il lui faudra apprendre qu’il n’y a pas de vie sans croyance, ni d'existence sans confiance.

Séparation

Partir, quitter sa vie, une bonne fois pour toute claquer cette porte devenue trop lourde. Se retrouver seul dans ce couloir recouvert de moquette murale marron, excentricité d’un passé pas si lointain. Je m’engouffre dans la cage d’escalier, j’essaye de ne pas céder à la précipitation. Je n’ai jamais été doué pour partir sans dégât, j’ai le talent d’un écorcheur. Je laisse trainer ma griffe sur la peau tendre de la bonne conscience la transformant inévitablement en plaie purulente.

Il faut que je te parle.

Je sors de l’immeuble, il fait nuit, je fouille dans ma poche, me pose une cigarette au coin des lèvres. Je ne tremble pas, mes gestes sont étonnement clairs et précis pendant que le chaos se déchaine encore dans mon esprit.

Je crois qu’on devrait en rester là.

Je me dirige vers la station de RER de Nanterre, cette ville de banlieue que je déteste, traverse les esplanades entre ces immeubles impersonnels. Dehors il n’y a personne, la ville dort et je marche, quittant les lieux de mon crime sentimental sans un regard en arrière.

C’est mieux comme ça.

Je ne suis pas prêt, je ne suis pas un homme de projet, vouloir prévoir l’avenir me terrifie. Je ne veux pas encore tirer un trait sur mes rêves, s’engager c’est fermer des portes. J’ai besoin d’être libre et croire que tout peut encore changer, casser le schéma du déterminisme qui pend au bout de mon être. Détruire pour mieux construire. Vivre seul, se prouver que l’on peut. Je n’ai pas confiance en moi, je dois encore apprendre.

Pourquoi ?

Je descends dans l’immense station souterraine presque déserte à cette heure. Je monte dans l’un des derniers trains, regarde mon téléphone portable. Je suis presque déçu qu’elle n’ait pas essayé d’appeler. J’essaye de calmer la tempête qui bouillonne en moi, peine perdue. Je suis mal à l’aise. Je n’ai jamais supporté de faire mal, j’ai besoin qu’on m’aime surtout quand je me comporte comme un monstre.

Je m'en vais.

Je ne sais même pas où je vais passer la nuit et, honnêtement, je m’en fous. Je ne sais pas si je dois retrouver mes amis, ma famille, rester seul, parler ou non. Je suis là, petit organisme vivant, insignifiant à l’échelle de l’humanité. Je voudrai juste être quelqu’un, sortir de cet anonymat terne de ma vie simple.

Ne pars pas.

De l’Orgueil, j’ai gâché mon histoire pour mon ego. Je n’ai plus rien, plus d’attache, au pied du mur c’est là où je me sens le mieux. J’ai toujours vécu au bord du gouffre, m’en éloigner m’étouffe donc tant que ça ?

S’il te plait.

Le cri strident des rails résonnent dans les tunnels sombres. Je suis malade, j’aime la douleur, le chaos, le bruit m’apaise. Station Etoile, je descends, j’avais envie de voir les Champs, une dernière fois, l’arc illuminé en gardien de la plus belle avenue du monde. Il a traversé les années, vu les révolutions, les joies et les peines. Il est toujours là, immuable, insensible à nos petites vies sans importance.

J’ai besoin de toi.

La page est tournée, ma vie a pris un nouvel élan, je dois le suivre, partir avec lui, il ne sert plus à rien de résister. Lâcher prise, la vie, l’amour, le temps, un cycle en chasse un autre. Il n’y a pas de bonheur sans douleur.

Reste ! S’il te plait, reste !

C’est terminé, je reviendrai, je le sais. Je ne serai plus le même, j’aurai vécu de nouvelles histoires, ma vie prendra encore de nombreux chemins mais Paris sera encore et toujours. Pilier incontournable de mon existence, cette ville est mon phare, seul point de repère de l’obscurité qui entoure dorénavant mon avenir.

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Crédit Photo : Stephano Corso aka Pensiero

Inconnue

J’aime le roulis mélancolique des trains, inconsciemment, il me rappelle surement quand j’étais petit garçon. Un souvenir d’enfance bien enfoui, quelque chose de chaud, d’agréable et de confortable. Je m’y sens bien surtout quand je suis seul. Je ne connais aucun moyen de transport plus agréable que ces vieux TER aux sièges énormes et aux wagons quasi vides. Etre étudiant m’offre le luxe du temps, je n’ai pas de contraintes horaires aucune responsabilité. Un livre, un peu de soleil, et le paysage qui défile au rythme lent des bruits réguliers du rail.

Le voyage va être long, je m’allonge sur ma banquette le dos appuyé à la vitre. J’essaye de me concentrer sur mon livre mais mon esprit est ailleurs. Je tourne les pages de manière machinale comme pour me tromper moi-même. Je suis dans ma bulle le soleil me chauffe le dos et mes pensées commencent à se mêler à mes rêves. J’emprunte un chemin sans logique, les choses se meuvent selon leur propre volonté. J’aime ces moments entre conscience et onirisme dans lesquels on ne sait ce qui tient du songe ou de la réalité. Je marche sur le rebord du ciel, un ange passe. Elle a le visage doux de celles qu’on admire.

Elle me regarde assise sur la banquette de l’autre côté du couloir, elle sourie. J’aime les sourires de filles, elles ont su garder ce côté espiègle de l’enfance. Les yeux qui pétillent et la tête inclinée. Quelque chose de naturel se dégage d’elle, un mélange de force et de mystère. Mon ange se lève, approche son visage du mien, ses cheveux tombent en cascade de ses épaules et me frôlent. Son odeur m’envoute, je m’éloigne de mon bord de ciel pour la regarder.

J’ouvre les yeux la fixe longuement, elle continue à me sourire sans ciller.

- Tu es mignon quand tu dors.

- Heu… Merci, on se connaît ? Lui demandai-je.

- Oui, je crois.

Je la regarde plus attentivement, essaye de remettre de l’ordre dans mes idées en chassant les dernières brumes de mon réveil. Elle est jolie mais je n’arrive à en retrouver le souvenir.

- Tu ne vois pas qui je suis, me dit-elle ?

- Je suis vraiment désolé, lui répondis-je.

- Ce n’est pas grave, dit-elle en s’asseyant à côté de moi. Tu n’as qu’à essayer de deviner et puis on n’est pas arrivé tout de suite, on a le temps.

Je fronce les sourcils, je crois qu’elle me drague. C’est une sensation agréable que de plaire. Je n’ai pas vraiment l’habitude mais j’aime ça. Tous les deux, seuls dans notre wagon traversant une partie de la France, nous parlons. Je lui raconte ma vie, ce que j’aime, elle me parle de ses études, de l’amour qu’elle porte à l’art. Entre nos mots s’écoule le temps. Je ne cherche pas à savoir qui elle est, j’aime cette idée, un ange sans prénom à mes côtés.

Je ne crois pas à son histoire de rencontre mais je la laisse me mentir jouant la crédulité de l’inconscient. Les kilomètres défilent nous partageons ma petite bouteille de soda. Elle pose ses lèvres sur le goulot, je frissonne mon esprit s’enflamme. J’ai l’impression que nous nous connaissons depuis toujours. Une confiance s’est instaurée, simple, franche, elle me plait. Je ne connais même pas son prénom et j’ai envi de l’embrasser, là, maintenant, dans ce train vide.

Je passe ma main dans ses cheveux, elle ne dit rien. Le train s’arrête, ce n’est pas ma gare. Le contact de sa peau m’enivre. Mon cœur s’emballe, il cogne si fort que j’ai l’impression qu’elle va l’entendre.

- Tu ne m’as pas cru ? Me demanda-t-elle soudain.

- De quoi tu parles ?

- Que je te connaissais.

J’hésite une seconde, décide de lui dire la vérité.

- Non, mais je passe vraiment un bon moment en ta compagnie. Si on s’était connu je m’en serai souvenu.

- Tu n’as pas changé, me dit-elle.

- Tu persistes à dire qu’on se connaît ?

- C’est ma gare je descends ici, dit-elle avec sérieux. Peut être qu’on se recroisa dans un autre train ? Une autre vie ?

- Mais je ne connais même pas ton nom !

Elle se pencha une dernière fois sur moi et posa ses lèvres sur les miennes dans un baisé furtif, presque volé.

- C’est peut être mieux ainsi, Antoine. Continue de rendre les gens heureux comme tu l’as fait avec moi.

Le signal du départ se met à retentir, elle part en courant vers la sortie. Je la suis, la porte se ferme derrière elle. Enfermé, je la regarde au travers la vitre sale du wagon, elle me fait un dernier geste d’adieu avec ce même sourire envoutant que lors de notre rencontre. Le train démarre, un regard, peut-être une larme, et la distance s’impose dans toute sa fatalité.


Je retournai à ma place, tiraillé entre l’effondrement et le bonheur de cette rencontre inachevée. J’y trouvais, à coté de la bouteille de soda, un bout de papier chiffonné sur ma tablette. Je le pris, intrigué de ne pas l’avoir remarqué plus tôt, et le lit.

Ses mots me firent l’effet d’une gifle. Je dus me mordre la lèvre pour ne pas me laisser déborder par l’émotion de ces quelques mots couchés à la hâte sur le papier. Je me souvenais, enfin, trop tard, qui elle était.


« On n’oublie jamais un premier amour, fut-il à sens unique. »

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Crédit Photo : Photo de Pensiero repiquée sans autorisation aucune et trouvée ici.

Billets d'amour Sélectionné

Anne

couple

En amphi, je dors. Je commence à écrire, je pose la tête sur mon bras et mon stylo prend vie. Le début d’un L se transforme en arabesques harmonieuses parcourant la feuille blanche de son trait de couleur. Quelques gouttes d’encre s’étalant sur ma page blanche, la réalité s’effiloche en nuage cotonneux d’une fin de nuit apaisante.

A coté de moi, la plume d’Anne gratte frénétiquement la table au rythme des paroles du prof et de mes rêves. Elle veille sur moi, la sentir si proche me rassure tellement. On ne se connaît que depuis peu, un an, même pas, mais je crois qu’on s’apprécie comme si l’on avait passé notre vie ensemble.

On fonctionne en binôme, elle travaille et va aux cours et moi je fais le reste. Je sors, je profite de mon statut d’étudiant, je relis et photocopie ses notes et lui prépare ses fiches de révision. On se complète assez bien, pour apprendre elle a besoin d’entendre et écrire. Pour apprendre j’ai besoin de lire et synthétiser, alors pendant les cours, je dors.

De temps en temps, le soir, elle m’appelle de la cabine téléphonique en bas de chez elle pour me dire qu’elle ne pourra pas venir le lendemain. Elle me dit que je n’ai pas intérêt à m’endormir et surtout que je dois écrire gros pour qu’elle puisse me déchiffrer. Je ne suis pas vraiment en position pour discuter et, quand bien même, Anne n’est pas le genre de fille à qui l’on dit non. Elle sait ne pas laisser le choix, je ne lui demande pas de se justifier, elle aime ça, on raccroche.

Mais ce soir, je sais qu’elle est avec David. Je ne peux décemment pas lui en vouloir, David c’est son mec. Je ne l’ai jamais vu et c’est bien comme ça, elle préserve les moments qu’on passe tous les deux. David c’est le week-end et les vacances, moi la semaine et les cours. C’est ainsi, l’ordre immuable des choses. Je n’éprouve aucune jalousie, il était là avant moi et sera sûrement encore là après. David représente la sécurité d’un amour conventionnel, moi je ne suis que le grain de folie de sa vie rangée. J’évite d’y penser, c’est sa vie privée, en tout cas celle dont je ne fais pas parti.

Notre relation est unique, nous voguons dans l’ambiguïté des relations faussement amicales entre homme et femme. Sous prétexte d’amitié nous partageons autant et peut-être même plus qu’un couple. Désengagé des contraintes sentimentales et sexuelles nous vivons au rythme des jours, des cours et des sorties. J’aime ces moments privilégiés que nous partageons, les séances improductives à la bibliothèque, nos crises de rire, sa façon de poser sa tête sur mon épaule quand elle est fatiguée, ces deux paquets de cigarettes que j’achète en pensant à notre café de 10h.

Les autres n’avaient pas leur place dans notre binôme mais ils se sont immiscés. Par leurs allusions, au détour d’une petite phrase anodine, ils ont frappés aux portes de ma conscience. A peine quelques mots suffirent à faire éclater un soleil dans la pénombre de ma raison.

- Elle est vraiment pas mal ta nouvelle copine.

- Qui ça ? Répondis-je en portant mon café à mes lèvres.

- Ben elle là, me dit mon ami en pointant du doigt la fille dont il parlait.

- Anne ? Répondis-je choqué en essayant de ne pas m’étouffer avec le café.

- Vous êtes bien ensemble ? Non ? En tout cas elle carrément mignonne, je comprends qu’elle te plaise.

De ce jour, j’ai vu Anne d’un œil neuf, c’est vrai que c’était vraiment une jolie fille. Elle était si naturelle, un joyau brut aux yeux bleus d’une profondeur à s’y noyer. Je ne l’avais encore jamais vu comme une femme, elle n’avait jamais joué les séductrices et nos rapports s’étaient construits sur d’autres bases, plus solides, plus fondamentales.

Aux yeux de tous nous étions devenus un couple, notre relation avait volé en éclat, rattrapée par la normalité froide et radicale d’un échange physique et spirituel que nous avions si soigneusement occulté pendant des mois.

Anne ne posa bientôt plus la tête sur mon épaule, je n’achetais plus qu’un paquet de clopes. Au nom de cette saloperie d’apparence, nous avons creusé ce fossé que la norme nous impose entre individus de sexe différent.

Tout allait pourtant si bien.

Tout était pourtant si naturel.

Avant.


Je t'aime



Je n’ai jamais appris à pleurer. Je marche dans la rue au milieu de ces inconnues. Je pars, m’enfuies sans but, le temps coule comme du goudron et m’enlise. Je voudrais mourir, disparaître à jamais que rien n’existe, que plus rien ne soit. A quoi rime cette vie ? Un amas de particules perdu au milieu de l’univers. Même cette bonne vieille terre n’est rien, un grain de sable d’une plage sans fin.

Il commence à pleuvoir, c’est un beau sale temps, je continue, j’avance tout droit attendant le mur qui n’arrive pas. Mourir foudroyé, j'ai déjà l'esprit grillé, il ne me reste que ce corps que je déteste à détruire.

Je suis mal. Seul ou avec mes amis, debout, assis, je suis mal. Couché c’est pire encore, je ne dors pas je regarde le plafond, le détaille, j’en connais ses moindres fissures. C’était moi qui l’avait repeint, ça me semble pourtant pas si lointain.

Mais les plafonds, les rues, la pluie, les planètes et l’univers ça me fout en l’air et bouillonnent dans le fond de mon chagrin. Les épreuves, la vie aussi. Mon cerveau en étoffe décousue. Je tire sur le fil, ça ne casse pas, le tissu disparaît en un fil unique qui tombe sur le sol en un petit monticule chaotique. Je veux hurler, ça ne sert à rien, me résigne, encore. J’ai peur, putain que j’ai peur. Je tremble, tombe à genoux, ça déborde ; enfin, je pleure.

Un jour, une nuit



road


Jérémie sortait juste du bar, ses nouveaux amis d’un soir partirent en quête d’un taxi. Lui n’habitait pas très loin, la nuit était fraîche et il sentait que ça lui ferait du bien de marcher un peu. Le dernier métro était passé depuis longtemps et il n’avait aucune envie de se faire brasser avec tous ces gens bourrés qui essayaient de rentrer chez eux, dont lui-même faisait parti.

Il aimait se promener la nuit, la ville était enfin calme, endormie sous son manteau d’ombre. Il leva la tête, ici les étoiles étaient remplacées par les lampadaires. La lumière synthétique dessinait ses cercles de lumière trop blanche sur les trottoirs de la ville.

Tout en marchant il s’interrogea sur le sens de cette abondance de néons, d’enseignes et de panneaux publicitaires rétro-éclairés dont personne ne profitait à cette heure si tardive. Lui, certes, les voyait, mais dans un élan de réalisme, reconnu lui-même qu’il ne s’en souviendrait sûrement pas, trop d’alcool, trop d’abus. Ne pas se souvenir était le signe d’une bonne soirée, c’est ce qu’il appelait son trou noir du samedi soir. Le dimanche lui réservait généralement un certain nombre de surprises, un numéro de téléphone griffonné sur un bout de papier, un trousseau de clef qui ne lui appartenait pas ou, dans les meilleurs cas, une chambre et une fille inconnue nue à ses côtés.

Les premières fois avaient été surprenantes et même source d’angoisses. Lui qui était un timide compulsif avait réussi à lever et débaucher une fille dans la même soirée. En lui se cachait une autre personnalité, un charmeur désinhibé, un peu macho, du genre qui plaît aux filles. Il aurait aimé le rencontrer, en réalité il aurait aimé être lui.

Dans sa vie normale personne ne le remarquait, il avait bien quelques amis qui, sans violence contre sa nature, seraient restés de simples connaissances. En revanche, son autre lui, tout le monde le connaissait. Dans les bars de sa ville on le saluait, on le reconnaissait, le respectait. Certains lui racontaient des histoires étranges sur les stars qu’il côtoyait. Il avait, paraît-il, passé une soirée à refaire tous les dialogues de Fight Club avec Beigbeder, comme une étrange évidence il s’était glissé dans la peau de Tyler Durden. Lui qui n’avait pourtant rien d’un Brad Pitt avait mystifié l’assemblée de spectateurs involontaires qui ne perdaient jamais une occasion de se venter d’y avoir assisté.

Détail étrange, sobre, il ne se rappelait même pas de la dernière fois qu’il avait vu ce film.

Alors qu’il marchait, Jérémie estima qu’il n’était pas encore trop tard, il bifurqua à droite. Descendit la rue jusqu’au boulevard. Il marcha encore une dizaine de minutes. Quand il arriva il y avait encore foule, les gens attendaient dans le froid. En le voyant arriver, le videur, un gros black stéréotypé, lui fit signe d’approcher. Jérémie fixa ses baskets, évitant, en remontant la file, de croiser le regard des envieux qui ne manqueraient pas de le détester.

En passant la porte, le videur lui tapa dans le dos et lui glissa discrètement un merci pour ce qu’il avait fait pour sa sœur. Sa sœur ? Qu’est ce qu’il avait pu bien faire pour elle ? En général, quand ce genre de type te parle de sa sœur, c’est pour te plier façon sac de voyages, et lui le remerciait. Jérémie esquissa un timide sourire complice sans essayer d’en savoir plus et se glissa dans le petit hall surchauffé.

A l’intérieur, la musique sourde résonnait en bas d’un escalier surchargé. Jérémie se faufila entre ces gens qu’il ne connaissait pas. Une fille blonde en robe pailleté chuchota quelque chose à son amie-clone brune en le voyant arriver. Sans pouvoir se contrôler, Jérémie se sentit rougir, il se détestait. Il fouilla dans sa poche en sortit une cigarette qu’il se cala au coin des lèvres. Ca lui donnait de la consistance, une sorte d’assurance cool véhiculée dans la conscience collective par l’image du cowboy solitaire dont Marlboro s’était emparé à son plus grand profit.

Il continua sa descente faisant celui qui n’avait pas remarqué les deux clones qui le détaillaient comme des lionnes regardent un zèbre. Il traversa la piste de danse surchargée, se dirigea vers le bar, glissa entre deux dos un bras dans une demi-place pour accéder au comptoir. La fille sembla le reconnaître, lui sourit et sortit une bouteille à peine entamée et deux verres qu’elle posa devant Jérémie avant d’aller servir une nouvelle commande.

Ca arrivait, quand son double achetait des bouteilles, les barmen lui mettaient de coté jusqu’à sa prochaine descente. Il se versa un premier verre qu’il vida d’un trait avant de s’en servir un autre. L’alcool lui brûlait l’œsophage comme un poison qui tuait à petit feu sa personnalité insignifiante pour donner vie à son autre lui.

Mourir était toujours désagréable mais renaître n’avait pas son égal. Il se sentait plus fort, il vida un nouveau verre, écrasa sa cigarette. Les filles de l’escalier entrèrent dans la salle, il demanda un troisième verre, prit sa bouteille et ses verres en direction des filles. Il était à nouveau le lion.


Crédit Photo : Photo de PurpleMattFish repiquée sans autorisation aucune et trouvée ici.

Histoire sans morale - Partie 1

Le texte étant assez long et comportant deux parties distinctes j'ai décidé de le diviser en deux billets. Vous trouverez la partie 2 ci-dessous ou en cliquant sur le lien suivant.


Les mois de juillet à Paris sont un peu comme un kebab sans mouton, on garde l’odeur mais le goût n’est pas le même. Les parisiens sont partis polluer de leur présence les bords de mer surchargés recréant le schéma de leur promiscuité d’immeuble dans les campings de la côte d’azur.

Pour les touristes, comme pour ceux qui restent, l’été est une période calme et presque agréable dans la capitale française. On a même pensé aux plus attachés au béton de leur cité, ils peuvent encore participer aux grands rassemblements organisés sur les bords de Seine afin de retrouver, l’espace d’un moment, l’illusion de la densité perdue.

C’était donc un jour, presque, comme les autres à Paris. Il faisait mi-gris mi-pas-beau, la capitale avait été vidée de ses habitants et s’apprêtait à en perdre deux de plus. Marc et Judith s’étaient, comme tous les ans, inutilement dépêchés pour avoir leur train qui allait les emmener sur les lieux de leur villégiature bien méritée.

Tous les ans, depuis qu’ils se fréquentaient, ils s’appliquaient le même rituel. Départ le quatorze juillet, retour au quinze août, un mois de bonheur loin des petits traquas de leur vie ! Quatre semaines de quiétude pour tenter d’oublier leur boulot leurs collègues, surtout Jocelyne qui croit tout savoir, leur patron et leurs clients.

Marc était laborantin. Personne ne savait exactement ce que ça signifiait et lui-même avait parfois des doutes quand à la définition de sa profession. Il expliquait, à qui était suffisamment bien élevé pour vouloir s’en soucier, qu’il avait préféré le confort des amphis de bio à ceux de pharma et que, dans ces conditions, laborantin était le seul débouché de ceux qui n’avait pas voulu ou pu, être prof. Au gré des opportunités il avait fini par travailler pour un grand groupe pharmaceutique dont le sens de l’éthique était inversement proportionnel aux bénéfices engendrés par toutes les saloperies bactériologiques que la terre avait pu créer.

Il avait rencontré Judith autour de la machine à café. Il n’avait pas misé sur la marque, son prénom étant d’un naturel tue l’amour, elle avait dû se montrer un peu entreprenante pour qu’il se décide à passer à l’attaque. Il faut dire qu’avec sa tronche de monsieur tout le monde, il n’avait pas facilement la possibilité de faire le difficile.

Sans compter qu’un homme seul, normalement constitué, et encouragé par des mois d’abstinence ne rejette pas l’appel de la nature quand celui-ci se fait entendre. Il avait donc saisi sa chance et Judith par la même occasion au cours d’un apéro bien arrosé.

Aujourd’hui, quand elle se baladait nue devant lui à la recherche d’une culotte propre, il repensait à ses années de collège au cours desquels il en avait si souvent rêvé. Au final, en devenant adulte, rien n’avait vraiment changé par rapport à ses années d’adolescence. Le cendrier devant la porte de l’entreprise avait remplacé la cours d’école et les chefs de service les professeurs d’école mais on y draguait toujours de la même façon. La seule chose que les hommes avait gagné, et non des moindres, était la décomplexions des femmes pour le sexe. Ce qui, en termes de drague, signifiait, presque toujours, qu’une femme volontaire acceptait de simuler l’acte de reproduction avec le mâle gagnant.

Avec Judith ça s’était fait un peu comme ça, il lui avait proposé un dernier verre, elle avait dit oui, le soir même il la voyait nue pour la première fois. C’était toujours étrange de se découvrir devant une inconnue. Ca avait quelque chose à la fois d’excitant et de totalement bestial. On faisait fi des conventions, de la bien séance, de la politesse, des apparences et de notre éducation pour se consacrer a l’activité primaire de notre statut de mammifère.

Depuis, elle avait emménagé chez lui puis ils avaient pris un nouvel appartement ensemble. De vivre avec elle était plutôt plaisant, ce n’était peut être pas la femme de sa vie mais y en avait il jamais eu une pour lui ?

Dans le métro qui les emmenait à la gare Marc repensait avec nostalgie à tous ces moments qu’ils avaient passés ensemble en regardant la fille qui, aujourd'hui, partageait sa vie. Elle avait revêtue son vieux pantalon trop petit pour ne pas se salir et un tee shirt informe qu'elle trainait surement depuis la fac. Judith, comme chaque année, avait surchargée sa valise et il lui était impossible de la déplacer correctement. A chaque tentative, elle transpirait à grosses gouttes. La chaleur moite du métro associée à sa valise trop lourde avait sur elle des effets inattendus.

Enfin arrivé, elle tira de toutes ses forces sur la poignée pour extraire le lourd bagage de la rame. Marc la vit devenir écarlate. A force d’effort et d’énervement, le bagage glissa mollement jusqu’au quai avant de s’affaler de toute sa longueur.

Marc la regardait avec cet air hébété qu’il arborait parfois quand la situation s’emballait. Judith lança un violent coup de pied dans sa valise qui ne parut pas s’en émouvoir contrairement à Judith qui commença une danse sur un pied se tenant l’autre dans les mains tout en éructant de douleur. Marc savait qu’il aurait dû intervenir mais restait là, spectateur indécis de cette scène tragi-comique dans laquelle le premier rôle fustigeait dorénavant un jeune homme qui s’était amusé de la situation.

Marc entendit le signal d’avertissement retentir dans la station, le métro allait partir et Judith avait maintenant sa chaussure à la main et en menaçait le jeune homme qui s’éloignait hilare.

Marc regarda une dernière fois celle qu'il n'avait jamais réellement aimé. C’était fini, les portes du métro s’étaient fermée et lui n’était pas descendu laissant Judith, sa chaussure et sa valise sur un quai de métro un quatorze de juillet.

Il l'avait géré comme un homme, préférant, comme tous ceux de sa race, la fuite à l’affrontement. Mais lui en dégageait une certaine fierté. Il se sentit enfin libre, fugitif évadé d’une prison qu’il s’était lui-même construit.

Avec un sourire triomphant il brandit son téléphone portable, dernier symbole de son aliénation avant de l’écraser d’un coup de talon décidé devant les quelques passagers médusés.