Histoire sans morale - Partie 1
Par sTraTe, mercredi 29 juillet 2009 à 12:41 :: Récits anecdotiques :: #288 :: rss
Le texte étant assez long et comportant deux parties distinctes j'ai décidé de le diviser en deux billets. Vous trouverez la partie 2 ci-dessous ou en cliquant sur le lien suivant.
Les mois de juillet à Paris sont un peu comme un kebab sans mouton, on garde l’odeur mais le goût n’est pas le même. Les parisiens sont partis polluer de leur présence les bords de mer surchargés recréant le schéma de leur promiscuité d’immeuble dans les campings de la côte d’azur.
Pour les touristes, comme pour ceux qui restent, l’été est une période calme et presque agréable dans la capitale française. On a même pensé aux plus attachés au béton de leur cité, ils peuvent encore participer aux grands rassemblements organisés sur les bords de Seine afin de retrouver, l’espace d’un moment, l’illusion de la densité perdue.
C’était donc un jour, presque, comme les autres à Paris. Il faisait mi-gris mi-pas-beau, la capitale avait été vidée de ses habitants et s’apprêtait à en perdre deux de plus. Marc et Judith s’étaient, comme tous les ans, inutilement dépêchés pour avoir leur train qui allait les emmener sur les lieux de leur villégiature bien méritée.
Tous les ans, depuis qu’ils se fréquentaient, ils s’appliquaient le même rituel. Départ le quatorze juillet, retour au quinze août, un mois de bonheur loin des petits traquas de leur vie ! Quatre semaines de quiétude pour tenter d’oublier leur boulot leurs collègues, surtout Jocelyne qui croit tout savoir, leur patron et leurs clients.
Marc était laborantin. Personne ne savait exactement ce que ça signifiait et lui-même avait parfois des doutes quand à la définition de sa profession. Il expliquait, à qui était suffisamment bien élevé pour vouloir s’en soucier, qu’il avait préféré le confort des amphis de bio à ceux de pharma et que, dans ces conditions, laborantin était le seul débouché de ceux qui n’avait pas voulu ou pu, être prof. Au gré des opportunités il avait fini par travailler pour un grand groupe pharmaceutique dont le sens de l’éthique était inversement proportionnel aux bénéfices engendrés par toutes les saloperies bactériologiques que la terre avait pu créer.
Il avait rencontré Judith autour de la machine à café. Il n’avait pas misé sur la marque, son prénom étant d’un naturel tue l’amour, elle avait dû se montrer un peu entreprenante pour qu’il se décide à passer à l’attaque. Il faut dire qu’avec sa tronche de monsieur tout le monde, il n’avait pas facilement la possibilité de faire le difficile.
Sans compter qu’un homme seul, normalement constitué, et encouragé par des mois d’abstinence ne rejette pas l’appel de la nature quand celui-ci se fait entendre. Il avait donc saisi sa chance et Judith par la même occasion au cours d’un apéro bien arrosé.
Aujourd’hui, quand elle se baladait nue devant lui à la recherche d’une culotte propre, il repensait à ses années de collège au cours desquels il en avait si souvent rêvé. Au final, en devenant adulte, rien n’avait vraiment changé par rapport à ses années d’adolescence. Le cendrier devant la porte de l’entreprise avait remplacé la cours d’école et les chefs de service les professeurs d’école mais on y draguait toujours de la même façon. La seule chose que les hommes avait gagné, et non des moindres, était la décomplexions des femmes pour le sexe. Ce qui, en termes de drague, signifiait, presque toujours, qu’une femme volontaire acceptait de simuler l’acte de reproduction avec le mâle gagnant.
Avec Judith ça s’était fait un peu comme ça, il lui avait proposé un dernier verre, elle avait dit oui, le soir même il la voyait nue pour la première fois. C’était toujours étrange de se découvrir devant une inconnue. Ca avait quelque chose à la fois d’excitant et de totalement bestial. On faisait fi des conventions, de la bien séance, de la politesse, des apparences et de notre éducation pour se consacrer a l’activité primaire de notre statut de mammifère.
Depuis, elle avait emménagé chez lui puis ils avaient pris un nouvel appartement ensemble. De vivre avec elle était plutôt plaisant, ce n’était peut être pas la femme de sa vie mais y en avait il jamais eu une pour lui ?
Dans le métro qui les emmenait à la gare Marc repensait avec nostalgie à tous ces moments qu’ils avaient passés ensemble en regardant la fille qui, aujourd'hui, partageait sa vie. Elle avait revêtue son vieux pantalon trop petit pour ne pas se salir et un tee shirt informe qu'elle trainait surement depuis la fac. Judith, comme chaque année, avait surchargée sa valise et il lui était impossible de la déplacer correctement. A chaque tentative, elle transpirait à grosses gouttes. La chaleur moite du métro associée à sa valise trop lourde avait sur elle des effets inattendus.
Enfin arrivé, elle tira de toutes ses forces sur la poignée pour extraire le lourd bagage de la rame. Marc la vit devenir écarlate. A force d’effort et d’énervement, le bagage glissa mollement jusqu’au quai avant de s’affaler de toute sa longueur.
Marc la regardait avec cet air hébété qu’il arborait parfois quand la situation s’emballait. Judith lança un violent coup de pied dans sa valise qui ne parut pas s’en émouvoir contrairement à Judith qui commença une danse sur un pied se tenant l’autre dans les mains tout en éructant de douleur. Marc savait qu’il aurait dû intervenir mais restait là, spectateur indécis de cette scène tragi-comique dans laquelle le premier rôle fustigeait dorénavant un jeune homme qui s’était amusé de la situation.
Marc entendit le signal d’avertissement retentir dans la station, le métro allait partir et Judith avait maintenant sa chaussure à la main et en menaçait le jeune homme qui s’éloignait hilare.
Marc regarda une dernière fois celle qu'il n'avait jamais réellement aimé. C’était fini, les portes du métro s’étaient fermée et lui n’était pas descendu laissant Judith, sa chaussure et sa valise sur un quai de métro un quatorze de juillet.
Il l'avait géré comme un homme, préférant, comme tous ceux de sa race, la fuite à l’affrontement. Mais lui en dégageait une certaine fierté. Il se sentit enfin libre, fugitif évadé d’une prison qu’il s’était lui-même construit.
Avec un sourire triomphant il brandit son téléphone portable, dernier symbole de son aliénation avant de l’écraser d’un coup de talon décidé devant les quelques passagers médusés.
Les mois de juillet à Paris sont un peu comme un kebab sans mouton, on garde l’odeur mais le goût n’est pas le même. Les parisiens sont partis polluer de leur présence les bords de mer surchargés recréant le schéma de leur promiscuité d’immeuble dans les campings de la côte d’azur.
Pour les touristes, comme pour ceux qui restent, l’été est une période calme et presque agréable dans la capitale française. On a même pensé aux plus attachés au béton de leur cité, ils peuvent encore participer aux grands rassemblements organisés sur les bords de Seine afin de retrouver, l’espace d’un moment, l’illusion de la densité perdue.
C’était donc un jour, presque, comme les autres à Paris. Il faisait mi-gris mi-pas-beau, la capitale avait été vidée de ses habitants et s’apprêtait à en perdre deux de plus. Marc et Judith s’étaient, comme tous les ans, inutilement dépêchés pour avoir leur train qui allait les emmener sur les lieux de leur villégiature bien méritée.
Tous les ans, depuis qu’ils se fréquentaient, ils s’appliquaient le même rituel. Départ le quatorze juillet, retour au quinze août, un mois de bonheur loin des petits traquas de leur vie ! Quatre semaines de quiétude pour tenter d’oublier leur boulot leurs collègues, surtout Jocelyne qui croit tout savoir, leur patron et leurs clients.
Marc était laborantin. Personne ne savait exactement ce que ça signifiait et lui-même avait parfois des doutes quand à la définition de sa profession. Il expliquait, à qui était suffisamment bien élevé pour vouloir s’en soucier, qu’il avait préféré le confort des amphis de bio à ceux de pharma et que, dans ces conditions, laborantin était le seul débouché de ceux qui n’avait pas voulu ou pu, être prof. Au gré des opportunités il avait fini par travailler pour un grand groupe pharmaceutique dont le sens de l’éthique était inversement proportionnel aux bénéfices engendrés par toutes les saloperies bactériologiques que la terre avait pu créer.
Il avait rencontré Judith autour de la machine à café. Il n’avait pas misé sur la marque, son prénom étant d’un naturel tue l’amour, elle avait dû se montrer un peu entreprenante pour qu’il se décide à passer à l’attaque. Il faut dire qu’avec sa tronche de monsieur tout le monde, il n’avait pas facilement la possibilité de faire le difficile.
Sans compter qu’un homme seul, normalement constitué, et encouragé par des mois d’abstinence ne rejette pas l’appel de la nature quand celui-ci se fait entendre. Il avait donc saisi sa chance et Judith par la même occasion au cours d’un apéro bien arrosé.
Aujourd’hui, quand elle se baladait nue devant lui à la recherche d’une culotte propre, il repensait à ses années de collège au cours desquels il en avait si souvent rêvé. Au final, en devenant adulte, rien n’avait vraiment changé par rapport à ses années d’adolescence. Le cendrier devant la porte de l’entreprise avait remplacé la cours d’école et les chefs de service les professeurs d’école mais on y draguait toujours de la même façon. La seule chose que les hommes avait gagné, et non des moindres, était la décomplexions des femmes pour le sexe. Ce qui, en termes de drague, signifiait, presque toujours, qu’une femme volontaire acceptait de simuler l’acte de reproduction avec le mâle gagnant.
Avec Judith ça s’était fait un peu comme ça, il lui avait proposé un dernier verre, elle avait dit oui, le soir même il la voyait nue pour la première fois. C’était toujours étrange de se découvrir devant une inconnue. Ca avait quelque chose à la fois d’excitant et de totalement bestial. On faisait fi des conventions, de la bien séance, de la politesse, des apparences et de notre éducation pour se consacrer a l’activité primaire de notre statut de mammifère.
Depuis, elle avait emménagé chez lui puis ils avaient pris un nouvel appartement ensemble. De vivre avec elle était plutôt plaisant, ce n’était peut être pas la femme de sa vie mais y en avait il jamais eu une pour lui ?
Dans le métro qui les emmenait à la gare Marc repensait avec nostalgie à tous ces moments qu’ils avaient passés ensemble en regardant la fille qui, aujourd'hui, partageait sa vie. Elle avait revêtue son vieux pantalon trop petit pour ne pas se salir et un tee shirt informe qu'elle trainait surement depuis la fac. Judith, comme chaque année, avait surchargée sa valise et il lui était impossible de la déplacer correctement. A chaque tentative, elle transpirait à grosses gouttes. La chaleur moite du métro associée à sa valise trop lourde avait sur elle des effets inattendus.
Enfin arrivé, elle tira de toutes ses forces sur la poignée pour extraire le lourd bagage de la rame. Marc la vit devenir écarlate. A force d’effort et d’énervement, le bagage glissa mollement jusqu’au quai avant de s’affaler de toute sa longueur.
Marc la regardait avec cet air hébété qu’il arborait parfois quand la situation s’emballait. Judith lança un violent coup de pied dans sa valise qui ne parut pas s’en émouvoir contrairement à Judith qui commença une danse sur un pied se tenant l’autre dans les mains tout en éructant de douleur. Marc savait qu’il aurait dû intervenir mais restait là, spectateur indécis de cette scène tragi-comique dans laquelle le premier rôle fustigeait dorénavant un jeune homme qui s’était amusé de la situation.
Marc entendit le signal d’avertissement retentir dans la station, le métro allait partir et Judith avait maintenant sa chaussure à la main et en menaçait le jeune homme qui s’éloignait hilare.
Marc regarda une dernière fois celle qu'il n'avait jamais réellement aimé. C’était fini, les portes du métro s’étaient fermée et lui n’était pas descendu laissant Judith, sa chaussure et sa valise sur un quai de métro un quatorze de juillet.
Il l'avait géré comme un homme, préférant, comme tous ceux de sa race, la fuite à l’affrontement. Mais lui en dégageait une certaine fierté. Il se sentit enfin libre, fugitif évadé d’une prison qu’il s’était lui-même construit.
Avec un sourire triomphant il brandit son téléphone portable, dernier symbole de son aliénation avant de l’écraser d’un coup de talon décidé devant les quelques passagers médusés.



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