C'est dans un librairie de Bruxelles que j'ai renconcontré Miss Pas Touche. Elle trônait, par erreur, sur un présentoir de nouveautés, et à capté mon regard. Sa couverture et son graphisme faussement simpliste m'a naturellement attiré vers elle. A mi chemin du livre pour enfant et de Nikita, le mélange est troublant. Et ce titre, "la vierge au bordel" que cache t'il ? Tout celà m'interpelle mais je résiste au chant des sirènes tentatrices de la consommation.
Je quitte la librairie les bras chargés des sorties de la semaine la laissant seule sur son étagère. Mais, comme ces comptines qui ne veulent pas vous sortir de la tête, Miss Pas Touche hantait ma mémoire. J'avais beau essayé de me concentrer sur mon Loisel rien y faisait elle m'appelait. Lassé de ce regard pesant sur ma conscience, j'ai finalement laissé mon Magasin Général sur la table basse pour aller la retrouver, l'emmener chez moi et la dévorer.
Devant la librairie pour la deuxième fois de la journée, j'ai un peu de mal à me convaincre de ma propre démarche, je ne suis pourtant pas du genre à revenir sur un de mes choix. Elle, est toujours là, je la vois de l'extérieur au travers la vitrine, j'ai déjà perdu la bataille. Dans ces cas rien ne sert de lutter, c'est l'instinct qui parle. Il faut parfois lacher la bride et l'écouter.
A peine quelques minutes plus tard, juste sortie de son rayon, je la sors de son sac. Je m'appuie sur un coin de mur juste pour jeter un oeil. Libérée, Miss Pas Touche m'entraîne dans son Paris des années 30. Tout commence dans les guinguettes sur les quais de Seine, on danse, on rit, on s'amuse. En rentrant elle commence à se confier, à me parler de sa soeur, jeune fille modèle. Tout se passe au mieux mais, au coeur de la nuit, l'ombre d'un Jack The Ripper plane sur notre histoire. Et puis tout s'enchaîne, le meurtre, la maison clause, les tortures l'ambiance se fait lourde et pesante.
Les pages se tournent toutes seules et s'enchaînent avec rythme. La narration est efficace, le dessin et la couleur parfaitement maîtrisé. Happé par le tourbillon j'ai décidé de ne pas me débattre. Je retiens mon souffle pour arriver à cette fin qui n'en est pas une. La dernière vignette est presque une délivrance insoutenable tellement la suite et fin va se faire attendre.
Je soupire en fermant le livre. Je prends soudain conscience que le temps s'est rafraichit et qu'il faut que je me décolle de mon coin de mur.