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On aura l'hiver avant les autres est un concentré d'imaginaire présenté sous forme d'expression littéraire. Vous y trouverez mes coups de coeur et mes projets d'écriture.
Tout le visuel a été réalisé par stArk, merci pour tout et bien plus encore.
"Les Carnets de Guillaume B." regroupent les textes d'un ami également rédacteur talentueux de ce blog.

-sTraTe- | http://onauralhiver.net


De l'Aurore au crépuscule

Je vous suggère l'écoute de cette musique pour accompagner votre lecture.


La rouille s'accumulant sur la table de jardin donne une idée de l'age de celle ci. Sur des chaises du même vert usé, nous sommes assis sur une place toute calme, cerclée de batiments hauts et sales qui étouffent malgré la desertion de l'endroit. Tout autour de nous est typé industriel, de grosses poutres métalliques apparaissent ça et là. De grandes portes style garage cernent la cour pavée ; ferreuses et rouillées, d'une taille ridiculeusement grande, mais dont le gigantisme est apaisé par de larges vitres de verre dépoli. Je me surprend à me demander un instant pour quelle type de machines titanesques ces portes ont été conçues, aujourd'hui détournées en devantures de boutiques semblant toutes vendre des vitres, des miroirs, des cadres.

L'ambiance est lourde, le ciel est gris. Pas un bruit ni un passant. Retrouvés pour organiser un annivesaire, on ne discute que peu, tout en jouant au cartes, mus par un entrain tout relatif. La molesse de nos mouvements contraste avec l'électicité présente dans l'air, semblant annoncer un orage. Anne est restée à l'écart, devant l'une des ouvertures démsurées, à observer la marchandise d'un oeil attentif ; tandis que de nos mains à tous les quatres, les atouts s'abattent dans un chuintement ouaté. Les deux Nicolas contemplent leur jeu, le reflet dans leurs lunettes m'empéchant de distinguer leur regard. Quant à toi, tu es froide et distante, tu ne m'adresses ni la parole ni un regard sans que je sache pourquoi.

Sans raison apparente, NicoC est soudainement désagréable et dur, cinglant l'air déjà tendu d'une rermarque acide en ta direction :
- Mais c'est pas possible d'être aussi conne.

Le ton est sec et aggressif, mais la voix reste posée. Tu ne réagis pas sur l'instant, pas plus que les autres autour de la table, moi inclus. Le silence reprend sa place, encore un peu plus pesant. Calmement, tu repousses ta chaise, pause délicatement les rectangles de papier glacé devant toi ; et te lèves très dignement, prenant la direction d'Anne, elle-même toujours captivée par les miroirs s'entassant dans un coin de la cour.

Avant que tu ne l'aies rejoint, brutalement tu rebrousses chemin. Dans la lumière jaunie de fin d'après-midi, tu portes une jupe droite beige s'arrêtant au niveau du genou, et des bottes marron foncées, avec un revers sur le haut. Le temps s'allonge, et comme au ralenti, tu passes devant nous et laches une réponse triste et sèche à la fois, avant de t'échapper d'une course désordonée vers la seule sortie de la place.

Toujours pas de réaction de ma part. Je m'en veux mais reste figé, malgré l'envie brûlante d'aller après toi. Pourtant, je garde ma chaise, contemplant tes semelles s'enfuir par l'étroite ouverture, écrasée entre les immeubles secs et surplombée d'une voute.

C'est NicoC qui se lève finalement, jette son jeu, et avant de partir à tes trousses, soupire - Elle fait chier...
Quelques secondes passent, et NicoG se lève à son tour, puis s'élance dans la même direction. Cette fois-ci, je le rattrape mais m'observe courir à ses côtés, alors que j'avais l'intention de le retenir.

Déjà nous passons l'arche, mais tu es partie dans les rues de Paris depuis plusieurs minutes, j'essaie de le disuader, c'est impossible de te retrouver, on ne connait pas la direction que tu as prise. Il insiste, incohérent et frénétique, me crie dessus, me bouscule et me repousse assez violemment. Je tombe au sol et glisse dos dans la poussière, le voyant s'éloigner et biffurquer plus loin dans une ruelle.

Je me relève doucement, poursuis du regard, et mes yeux rencontrent un panneau bleu cerclé de vert : "Rue Hallé". Tout calmement, je prends le chemin qui est là. Il y a des jardins partout, une resenti de village. Je me rends compte que la nuit est tombée, que la lune est pleine, qu'il n'y a personne alentour. J'avance, sans hésitation ni un bruit, vers un petit banc de pierre que je distingue dans la pénombre sous un arbre. La lumière bleutée perce les branchages et je m'y assieds, seul. Je lève un bras, et constate seulement que tu es assise, là, sur la même pierre froide. Dans la continuité de mon mouvement, comme en harmonie avec une musique inaudible, tu te rapproches en t'inclinant. Sans un mot, tout, tout doucement, tu te faufiles dans le creux laissé par mon geste, et te blotis contre moi alors que je rabats mon bras qui t'enlace naturellement. Les yeux fermés, tu pleures pourtant, ton visage appuyé contre moi. Dans le silence total qui nous entourre, et qui à présent est chaud et confortable, un murmure suffit à ce que j'entende "Merci".

Péniblement, mon corps lourd se rappelle à moi, le remerciment chuchoté est déjà flou, et commence à s'envoler avec le retour à la réalité qui s'ammorce. J'entrouve les yeux, et l'environnement familier qu'ils découvrent commence déjà à effacer les souvenirs embrhumés.

Par curiosité, j'ai recherché cette "Rue Hallé" sur la toile, et ait appris que cette rue dont j'ignorais totalement l'existance, se trouve dans le XIVème arrondissement de Paris, qu'elle a la paticularité de former une place en demi cercle, et de "mener à un petit chemin de campagne desservant des petites maisons entourées de jardins."

Insomnies

J'aimerais avoir un balcon et contempler la ville vivre sans moi. En silence, écouter les ronronnements monter au rythme de mes exhalations de fumée. Prendre mon temps, me calmer. Avoir les idées claires, deviner au loin la cité reprendre vie sans y prêter attention. Percer du regard le ciel nocturne et attendre le matin. Taper ma cendre et la voir voler vers le sol.

Je l'imagine, mais j'ai oublié cette sensation. J'ai oublié s'il faisait froid, si les couleurs me plaisaient. Je ne fantasme ce spectacle que parce qu'il m'est interdit. Je n'ai pas de balcon, à peine une fenêtre. La nuit est là et je tourne sur l'oreiller.

Sur le moment cela semblait une bonne idée :
Moment d'inattention, pris un second café.
Un peu d'amertume, un moment à partager.
Je revis la scène et m'écoute te parler.

J'écoute, je sens, lis dans tes yeux. Laisse moi t'aider avec le poids sur tes épaules, en prendre une part s'il le faut. C'est pas si mal, ce que je raconte. Ça me travaille, ça me perturbe, j'ai mal de te voir comme ça.

J'aimerais savoir dire, savoir que tu me crois.
Tu m'as sorti du pire, accepte au moins mon bras.
C'est absurde et idiot de te laisser ces mots :
Tu ne les liras pas, pour d'autres ça sera sot.

Sans balcon pour y penser, je tourne sans fin entre mes draps. Je cherche le moyen pour que tu vois tout ce qui est beau chez toi. Et si certains ne le sentent pas, tant pis pour eux ; tant mieux pour moi ! De la cendre sur l'oreiller, ça doit être le café.

Le trait d'alcool dans mon café

Les yeux encore clos et l'esprit embrumé, je commence à ressentir les premiers signes de l'aube qui s'en vient. La bouche est pâteuse, les paupières douloureuses. Où suis-je exactement ?

Trop tôt pour la lumière, je cherche à tâtons : je ne connais pas ce drap, ni cette chaleur contre moi. Ce parfum piquant ne m'évoque rien.

J'humidifie mes lèvres et avance tranquillement les mains. La peau est douce et m'enivre. Un mouvement, un murmure ... sa présence s'éveille doucement. Ne pas dire un mot, ne pas desserrer les yeux, j'aime le voile, le flou qui l'entoure. Je suis bien.

Un peu Cendrillon, tu disparaîtras avec le matin. Il ne viendra pas : je retiendrai la nuit tant que mes paupières resteront jointes. Je ressers mes bras à cette pensée, et tu frémis dans l'instant, posant ta main sur mon poignet. Le visage dans tes cheveux, j'inspire à plein poumons et embrasse ta nuque, alors que le frisson qui te parcours se transmet le long de mes jambes.

Je ne te connais pas et cet instant est précieux. Ma vie est sérieuse et amère, mais son goût est fort et fruité. La tienne est légère et pleine d'arabesques, et ses volutes enivrent d'une douceur si agréable.

Alors ferme aussi tes yeux, abandonne toi ; et soit, pour un temps au moins, le trait d'alcool dans mon café.

Elle aime

Ceci est ma première nouvelle officielle ici, soyez indulgent !
Merci à -sTraTe- pour l'honneur et la confiance qu'il me fait.

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La montre, petite digression

Parce que mes lecteurs ont aussi du talent et qu'il serait dommage qu'il ne fut point lu et reconnu, je vous laisse, en cette veille de fête, en compagnie de l'auteur discret des quelques lignes qui font suite à ma propre histoire.
Encore merci à Lui/Elle pour ce texte qui fut un vrai cadeau pour ce blog.

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